Le coquelicot

Par Anaïs Cozzani

 

Papaver Rhoeas - Coquelicot

 

Description des Papaveraceae

Les Papaveraceae sont des plantes à latex, souvent riches en alcaloïdes. Les fleurs comportent deux sépales ainsi que quatre pétales et sont généralement isolées chez le genre Papaver. Le fruit est une capsule sphéroïdale recouverte d’un disque en forme de toit circulaire, également appelée pyxide1.

 

Le genre Papaver comporte 80 espèces réparties dans toute la zone au nord du tropique du Cancer ou zone holarctique, dont 8 espèces présentes en France métropolitaine2.

 

Noms communs et étymologie

Autrefois nommé le pavot sauvage, le coquelicot est aujourd’hui le principal nom commun du Papaver rhoeas. Le mot coquelicot est l’équivalent de coquerico de l’ancien français, faisant référence au chant « cocorico » du coq. En effet, la couleur des pétales rappelle celle de la crête rouge du coq. L’étymologie du mot papaver n‘est pas connue. Néanmoins, Rhoeas correspond au grec Rhoias ou « écoulement » et rapporte le fait que le latex coule lorsque la tige est entaillée1,3.

 

Pavot-coquelicot, pavot des champs, pavot-coq, crête de coq et gravesolle sont d’autres noms communs désignant Papaver rhoeas. Celui de pavot rouge provient de l’ancien français tout comme coquelourde et ponceau plus particulièrement utilisé dans le centre de la France. Mahon est un nom utilisé en Normandie et Hauts-de-France et chaudière d’enfer en Haute-Marne. Le coquelicot est également appelé jalet en moyenne Provence, qui est la variante alpine de galet signifiant jeune coq. En anglais, il est nommé corn poppy1,4,5.

 

Description de Papaver Rhoeas: écologie et morphologie

Le coquelicot a été introduit pendant l’époque préhistorique en même temps que les céréales. En effet, c’est une plante messicole, c’est-à-dire une plante compagne des cultures céréalières. Cependant, l’utilisation d’herbicides élimine la présence de cette plante dans les champs, elle est donc présente dans les champs n’utilisant pas ou peu de pesticides. C’est également une plante rudérale, on la trouve alors dans les bords de chemins et les décombres, les sols remués. Elle se trouve aussi bien en plaine qu’en milieu montagnard et indique une brusque remontée de pH et un contraste hydrique entre l’humidité hivernale et la sécheresse estivale. Le coquelicot est capable de croître sur tout type de sol mais préfère les sols calcaires. Il serait originaire de Bulgarie ou de Turquie où est présente à l’état sauvage une espèce très voisine 1,6–8.

 

Papaver rhoeas est une plante annuelle de taille moyenne. Elle est reconnaissable par ses grandes fleurs individuelles de couleur rouge écarlate et souvent tachetées de noir à la base. Les étamines sont nombreuses et présentent des anthères noires-bleutées. Lorsque le coquelicot n’est pas encore en fleur, on distingue son bouton floral entouré par deux sépales caducs contenant quatre pétales encore chiffonnés. La floraison se produit entre le mois de mai et juillet. Les fruits sont appelés les capsules et ont une forme ovale. Ces capsules sont glabres et leur incision fait apparaître un latex blanc. La tige est grêle et velue, de même que les feuilles. Celles-ci sont divisées en segments lancéolés et dentés, leur texture est duveteuse1,6–9.

 

 

 

 

Confusions

Le coquelicot peut être confondu avec d’autres espèces voisines comme par exemple Papaver hybridum, Papaver argemone ou encore Papaver dubium qui contient un alcaloïde, nommé aporéine, qui serait toxique et provoquerait des crises de tétanie à forte dose. La capsule du coquelicot mesure approximativement 1 à 2 cm de longueur et 6 à 10 mm de largeur. C’est celle-ci qui permet de faire la différence entre les différentes espèces, elle n’est pas velue et n’est pas étranglée au sommet. De plus, les fleurs des autres espèces sont plus petites et plus pâles1,3,10.

 

Propriétés médicinales traditionnelles

Autrefois, tout comme les égyptiens, les grecs tiraient profit du coquelicot. En effet, les grecs utilisaient les capsules du coquelicot en décoction contre les insomnies, les graines comme léger laxatif et les fleurs comme adoucissant des inflammations. En médecine arabe du XIIIème siècle, il servait à calmer les toux. Au XVIème siècle, les fleurs de coquelicot étaient pulvérisées en potion contre la pleurésie, inflammation de la plèvre. Cette pratique était encore utilisée au XVIIIème siècle6.

 

Propriétés scientifiquement démontrées

Le principal alcaloïde présent chez cette espèce est la rhœadine, molécule dont la pharmacologie n’est pas connue, cependant des molécules proches possèdent des effets sédatifs. L’étude de Soulimani et al. sur la souris démontre un effet sédatif du coquelicot qui apparaît à partir de 400 mg d’extrait de plantes sèches par kg et dont l’origine n’est pas connu11,12. Toutefois, aucune étude clinique démontre cet effet chez l’homme. De plus, les pétales sont riches en mucilages, ce qui leur confère une vertu adoucissante et émolliente, c’est-à-dire qui ramollit les tissus. Le coquelicot est également un laxatif léger et s‘avère être riche en antioxydants1,6,13.  

   

Toxicité

Une toxicité est observée sur des souris à partir de 2 g d’extrait de plantes sèches par kg, qui est la dose létale pour 10% des individus11. Cela équivaut environ à 20 g de plantes fraîches par kg14. En outre, le coquelicot produit parfois des réactions d’intolérance, notamment chez l’enfant, il est donc nécessaire d’être prudent15.

 

Usages

Les pétales peuvent être récoltés au moment de la floraison. Séchés, ils doivent être conservés à l’abri de l’humidité pour ne pas qu’ils moisissent6.

  •  Culinaire

Les feuilles et les jeunes tiges peuvent être utilisées crues ou cuites comme par exemple en salade ou en soupe. On peut préparer un sirop avec les fleurs. Les graines présentes dans les capsules pour la réalisation d’huile d’œillette ou encore en pâtisserie et boulangerie comme les graines de pavot6,15.

 

  •  Médicinal

Le coquelicot fait partie des plantes pectorales, c’est pourquoi les pétales jouent un rôle dans le traitement symptomatique de la toux, des bronchites et de la coqueluche grâce aux mucilages. Un mélange des sept espèces pectorales, qui sont le bouillon blanc, coquelicot, tussilage, mauve, violette, chiendent pied-de-chat et la guimauve officinale, peut être réalisé16. Crus ou en sirop, les pétales permettent également de calmer la nervosité et les troubles du sommeil de l’adulte et de l’enfant. Cependant, de fortes doses sont à éviter6.

  •  Divers

Des poupées sont réalisables à partir des boutons de coquelicot et des fruits pour amuser les enfants17. De plus, cette espèce est une plante tinctoriale qui donne une teinture rouge18.

 

 

Bilbiographie 

 

1.             Fournier, P.-V. Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France. (Omnibus, 2010).

2.             Foucault, B. Flora Gallica - Flore de France. (Biotope, 2014).

3.             Couplan, F. Les plantes et leurs noms: Histoires insolites. (Editions Quae, 2012).

4.             Lieutaghi, P. Tradition médicinale et autres usages des plantes en haute Provence. (Actes Sud, 2009).

5.             Rolland, E. Flore populaire ou histoire naturelle des plantes dans leurs rapports avec la linguistique et le folklore. Tome I, (1896).

6.             Fleurentin, J. Du bon usage des plantes qui soignent. (Ouest-France, 2018).

7.             Bézanger-Beauquesne, L. Plantes médicinales des régions tempérées. (Maloine, 1991).

8.             Ducerf, G. L’ encyclopédie des plantes bio-indicatrices alimentaires et médicinales: guide de diagnostic des sols. (Promonature, 2010).

9.             Fitter, R., Fitter, A. & Blamey, M. Guide des fleurs sauvages. (Delachaux et niestlé, 2009).

10.           Duke, J. Utilization of Papaver. Econ. Bot. 27, 390–400 (1973).

11.           Soulimani, R. et al. Behavioral and pharmaco-toxicological study of Papaver rhoeas L. in mice. J. Ethnopharmacol. 74, 265–74 (2001).

12.           Bruneton, J. Pharmacognosie: Phytochimie, plantes médicinales. (Lavoisier Tec & Doc, 2016).

13.           Isbilir, S. S. & Sagiroglu, A. An Assessment of In Vitro Antioxidant Activities of Different Extracts from Papaver rhoeas L. Leaves. Int. J. Food Prop. 15, 1300–1308 (2012).

14.           Couplan, F. Guide nutritionnel des plantes sauvages et cultivées. (Delachaux, 2011).

15.           Lieutaghi, P. Le livre des bonnes herbes. (Actes Sud, 1996).

16.           Capucine, C. La cueillette des savoirs. Les usages du végétal Morvan-Bourgogne. (Parc naturel régional du Morvan, 1998).

17.           Renaux, A. Le Savoir en herbe. (Nouvelles Presses du Languedoc, 2011).

18.           Plantes tinctoriales et textiles, Royaumont (2007).

 

 

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