Le géranium herbe à Robert

Par Anaïs Cozzani

Geranium robertianum - Géranium herbe à Robert

 

Description des Geraniaceae

 

La Famille des Geraniaceae se distingue par ses feuilles palmées plus ou moins profondément découpées. Les fleurs présentent cinq pétales et des étamines plutôt développées, les sépales sont souvent ciliés au sommet. Le fruit est terminé par un long bec droit et pointu [1].

 

Le genre Geranium comprend 430 espèces [1] qui se trouvent dans des milieux tempérés comme l’Europe ou dans les montagnes tropicales dont 27 espèces en France métropolitaine [2].

 

 

Noms communs et étymologie

 

Le nom de genre Geranium provient du grec geranos qui désigne la grue, faisant référence à la forme de ses fruits décrite précédemment [3].

 

Le nom herbe à Robert, le plus couramment utilisé pour désigner le Geranium robertianum, provient d’une déformation étymologique. En effet, pendant le Moyen-Âge, cette espèce était désignée par Herba rubea ou Ruberta, où Ruber correspond à « rouge » en latin. L’espèce a alors été nommée Rubertiana. Le nom de cette espèce a finalement été attribué à saint Robert, 1er évêque de Salzbourg (VIIIème siècle) qui aurait découvert certaines propriétés de la plante [4].

 

D’autres noms sont également utilisés comme par exemple géranium robert, petit robert, le robert, herbe à l’esquinancie (esquinancie désignait l’angine), géraine robertin, fourchette du diable, persil maringouin. Le nom herbe rouge est utilisé en Normandie tout comme celui de chancrée rouge qui correspond à l’usage contre les chancres qui sont des tumeurs cancéreuses externes. Yep du feu est utilisé en Wallonie, piche-sang dans le Nord-pas-de-Calais, gamba russa dans le Piémont signifie jambe rouge, erba de fogu en Sardaigne signifie herbe du feu. Clouday correspond à clôt-doigt, qui ferme les coupures du doigt, ce nom date du XVIIIème siècle en région du Luberon. Les noms bec de grue, bec de cigogne, bec d’oiseau sont partagés avec d’autres espèces du genre Géranium et certains Erodium. Ils font référence, avec l’aiguille de pasteur, aiguille à Notre-Dame, et épingle de la vierge, à l’idée de pointe des fruits. En Angleterre, on trouve les noms red robin, red-shanks [4]–[9].

 

 

Description du Geranium robertianum: écologie et morphologie

 

Cette espèce est une plante sauvage commune. Elle se développe sur des sols frais à humides et riches en matière organique archaïque, c’est-à-dire riche en matière végétale se décomposant lentement [10]. On la trouve dans les endroits ombragés ou partiellement ombragés, près des rochers et des cailloux [1], [11]. Sa présence indique une richesse en matière organique d’origine végétale qui correspond à l’évolution vers le stade forestier [10].

 

C’est une plante annuelle ou bisannuelle très odorante et de taille moyenne, pouvant mesurer de 10 à 60 cm. On la reconnait par sa couleur souvent rougeâtre et ses pétales de couleur rose pâle. Les fleurs possèdent cinq pétales arrondies disposées radialement autour de l’ovaire supère [11], les anthères sont orange. Les feuilles sont palmatiséquées, formées de 3 à 5 segments. Les folioles sont fortement découpées et de forme triangulaire. Les pétioles sont velus et la tige qui est grêle est également velue [1], [2], [11]–[13].

 

 

Confusions

 

Il est possible de confondre le Geranium robertianum avec deux autres espèces de géranium qui sont uniquement présente en milieu montagnard. Les feuilles basales du Geranium pratense et du Geranium palustre sont sessiles ou cornés. De plus, le Geranium pratense présente des pétales bleu-violet à blancs. Les poils des tiges et pétioles du Geranium palustre sont nettement appliqués vers l’arrière [2], [14].

 

 

Propriétés médicinales traditionnelles

 

Avant le Moyen-âge, l’herbe à Robert ne semblait pas être utilisée comme plante médicinale. A partir de cette période, celle-ci était utilisée comme laxatif et antidote contre les calculs rénaux et les névroses du cœur. Dans les écrits médiévaux comme les Réceptuaires, il est également mentionné l’emploi de cette espèce en tant que vulnéraire, c’est-à-dire qui aide à la guérison des plaies et des blessures et en tant que détersif, c’est-à-dire qui élimine les impuretés [4].

 

A la période de la Renaissance, l’utilisation de l’herbe à Robert devient plus importante et en particulier dans les pays germaniques. En Allemagne, elle était utilisée contre les érysipèles qui sont des inflammations de la peau associées à de la fièvre, contre les inflammations mammaires, les ulcères de la bouche et des organes sexuels. Elle était considérée comme une plante ayant de multiples vertus [4].

 

Au XVIème siècle, elle était recommandée sous forme d’eau distillée contre les hémorragies internes, pour activer la sécrétion urinaire ou encore pour calmer les douleurs lombaires [4]. D’après la Théorie des signatures (théorie médicale obsolète du XVI et XVIIème siècle), la couleur rouge reflèterait sa particularité à soigner les maladies liées à la circulation du sang [7]. A partir du XIXème siècle, l’espèce perd son attractivité et n’est plus considérée comme intéressante [4].

 

 

Propriétés scientifiquement démontrées

 

Le Geranium robertianum possède des propriétés antioxydantes, antihémorragiques, protectrices des muqueuses, astringentes, antibactériennes et antifongiques, anti-inflammatoires, hypoglycémiantes, cytotoxiques et diurétiques.

Il a été démontré que les propriétés antioxydantes des plantes sont étroitement liées à la présence de composés phénoliques. Parmi les composés phénoliques du géranium herbe à Robert, on trouve en partie des flavonoïdes dont les quantités peuvent être importantes. Certains flavonoïdes qui prédominent sont des molécules antioxydantes. L’activité antioxydante de cette espèce est d’un intérêt particulier compte tenu de son effet bénéfique sur la santé humaine [11].

 

Certaines études ont démontré que l’espèce possède en majeure partie des flavonoïdes, d’autres que les tanins sont prédominants. Cette différence serait due à la méthode scientifique utilisée pour analyser les tissus, à des variations de saisons, de conditions environnementales, d’origine géographique entre les plantes ou encore d’autres facteurs non identifiés. Les tanins sont également des composés phénoliques qui se trouvent en grande quantité tout comme les flavonoïdes. La richesse en tanins ne concerne pas uniquement le Geranium robertianum mais concerne toute la famille des Geraniaceae [15]. Ces substances possèdent toutes la propriété de faire coaguler le sang et de protéger et restaurer les muqueuses abîmées comme par exemple les muqueuses de l’appareil digestif ou respiratoire [13]. Elles ont également un effet astringent, c’est-à-dire contre les diarrhées [16].

 

Cette espèce possède également une activité antimicrobienne. L’huile essentielle des parties souterraines de la plante présente une activité antimicrobienne et antifongique plus importante que celle des parties aériennes [11].

 

De plus, elle présente une activité anti-inflammatoire grâce aux urolithines qui stimulent les fonctions pro-inflammatoires des macrophages [11], une activité anti-hyperglycémique grâce à l’utilisation par voie orale de décoctions qui permet de réduire les altérations métaboliques et en particulier le diabète de type 2. En effet, le taux de sucre dans le plasma diminue [11]. On note également une activité cytotoxique, qui détruit les substances novices pour les cellules de notre organisme [11], [17]. L’herbe à Robert est aussi un diurétique [16].

 

 

Usages

  •  Culinaire

Les racines peuvent être utilisées comme substitut à la racine de curcuma [13]. De plus, les fleurs peuvent être utilisées comme garniture dans les salades [18].

  • Médicinal

La réalisation de cataplasmes appliqués à l’extérieur de l’organisme aide à soulager les rhumatismes [13]. L’utilisation en gargarisme permet de soigner les maux de gorge [9]. Les feuilles broyées libèrent un suc blanc qui peut être appliqué pour soigner les plaies et les éruptions cutanées comme l’eczéma, le psoriasis et le dartre [7], [19].

 

Le géranium peut également être utilisé par voie orale grâce à une infusion ou une décoction pour bénéficier de ses propriétés citées précédemment. La posologie est la suivante : une cuillère à café pleine pour ½ L d’eau. Il est possible de boire jusqu’à trois tasses par jour entre les repas [14].

  • Divers

En Corse, la plante est positionnée sur les bords de fenêtres. Ainsi, son odeur repousse les insectes [20]. L’herbe à robert est également une plante tinctoriale. Celle-ci permet de teindre de jaune à musc clair [21].

 

 

Propriétés nutritionnelles

 

L’herbe à Robert est riche en protéines et en glucides. Cependant, elle est faible en lipides. Celle-ci contient des acides gras essentiels appelés vitamine F et de la vitamine E [17].

 

 

 

Bibliographie

 

[1]           R. Fitter, A. Fitter, et M. Blamey, Guide des fleurs sauvages, 7ème. Delachaux et niestlé.

[2]           B. Foucault, Flora Gallica - Flore de France. Biotope, 2014.

[3]           F. Couplan, Les plantes et leurs noms: Histoires insolites. Editions Quae, 2012.

[4]           P.-V. Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France. Omnibus, 2010.

[5]           P. Lieutaghi, La plante compagne: pratique et imaginaire de la flore sauvage en Europe occidentale. Conservatoire et Jardin botaniques, 1991.

[6]           J. Fleurentin, Du bon usage des plantes qui soignent. Ouest-France, 2018.

[7]           Jardins du Monde Montagnes, Cueillettes et mémoires: Histoires d’hommes et de plantes en Bauges et Chartreuse, Jardins du Monde Montagnes. 2012.

[8]           J.-C. Rameau, D. Mansion, et G. Dumé, Flore forestière française: Plaines et collines. Forêt privée française, 1989.

[9]           F.-J. Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes. P. Asselin, 1868.

[10]        G. Ducerf, L’ encyclopédie des plantes bio-indicatrices alimentaires et médicinales: guide de diagnostic des sols. Promonature, 2010.

[11]        V. C. Graça, I. Ferreira, et P. F. Santos, « Phytochemical composition and biological activities of Geranium robertianum L.: A review », Industrial Crops and Products, p. 363378, 2016.

[12]        ANSM, « Géranium Herbe à Robert », 1998.

[13]        N. Machon et E. Motard, À la découverte des plantes sauvages utiles: Comment les identifier, comment les utiliser. Dunod, 2018.

[14]        PDR for Herbal Medicines. Medical Economics Company, 1998.

[15]        M. Catarino, A. Silva, M. T. Cruz, et S. Cardoso, « Antioxidant and anti-inflammatory activities of Geranium robertianum L. decoctions », Food Funct., no 8, p. 32883296, 2017.

[16]        L. Bézanger-Beauquesne, Plantes médicinales des régions tempérées, 2ème édition. Maloine, 1990.

[17]        V. Graça et al., « Chemical characterization and bioactive properties of aqueous and organic extracts of Geranium robertianum L », Food Funct, vol. 7, sept. 2016.

[18]        T. K. Lim, Edible Medicinal and Non Medicinal Plants: Volume 8, Flowers. Springer Science & Business, 2014.

[19]        M.-C. Paume, Sauvages et médicinales: plantes remèdes pour nos petits maux. Édisud, 2007.

[20]        Parc Régional Naturel de la Corse, « Les plantes sauvages: savoirs et utilisations Livre I ». nov-1982.

[21]        « Plantes tinctoriales et textiles, Royaumont (2007) ». .

 

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Commentaires: 1
  • #1

    Eduard briswalder (samedi, 09 juin 2018 01:10)

    Un grand merci pour le partage de votre étude très développée concernant cette plante . Avec mes Félicitations , Edouard .