La ficaire

Ficaria verna - Ficaire

 

Ecologie

 

Le genre Ficaria, de la famille des renonculacées, compte 5 espèces dont 1 France. Cette espèce est divisée en 2 sous-espèces. La ficaire est une géophyte à bulbe avec une répartition eurasiatique [1].

 

On peut trouver la ficaire dans les forêts alluviales et riveraines, dans les fossés, au bord des chemins, au pied des haies, …

 

La ficaire indique un engorgement du sol en eau avec une matière organique d’origine principalement végétale qui se décompose mal. Le sol s’asphyxie, on peut y trouver des hydromorphismes [2].

 

La ficaire est une espèce exotique envahissante dans le Midwest aux Etats-Unis ; la ficaire y développe des effets allélopathiques diminuant la germination et la reproduction d’autres plantes [3].

 

 

 

Nom communs

 

Ail de crapia (Ile de Ré), aourilleto (Provence), arolle (Centre)

Bassinet (ancien français), basquicq (breton), billonée (Centre), biscouloun (Languedoc), boutaillets (Suisse romande), bouton d’or, boutoun de gat (Bouches-du-Rhône), brenoulerie (Centre), butun-nevez (breton)

Caillonade (Charente-Inférieure), ciro (Languedoc), clair bassin (Anjou, Deux-Sèvres), clarégeassa (Pyrénées centrales), clariotte (Loiret), cocarde (Ille-et-Vilaine), couille à l’évesque (XVIIème siècle), couillons de prestre (anciens français), coupa verruga (Pyrénées centrales), courdoun (Gers), couténos (gascon)

Eclairette, éclairotte (Haute-Marne), épinard des bûcherons (Haute-Marne), erba de las morenas (Languedoc-Roussillon, Pyrénées-Orientales), erbo di barrugo (haute Provence)

Ficaire, ficaire fausse renoncule, fiquetta (Suisse romande), fleur de beurre (Bretagne)

Ganille, ganne d’œu (Pas-de-Calais), gannet (Normandie), giron (Saintonge), girounée (Charente-Inférieure), glaoubanel (gascon), grenouillette, godet (Aube), godinot (Aube),  graoujol (Lot, Tarn)

Herbe au fic, herbe aux hémorroïdes, herbe du siège

Jauneau (Anjou), jaunet (Normandie), jaunette (Normandie)

Korradu belhar (basque)

Lampaouto (Aveyron), louis d’or (Mayenne), lousaouënn an dervoed (breton)

Mire-soleil (anciens français), moruites de terre (Caen)

Paoutoloubo (Lot), pé de grole (Deux-Sèvres), petit bassinet, petite chélidoine, petite claire (Haute-Marne), petite éclaire, petite scrofulaire, pied de polain (Bas-Rhin, Vosges), pissenlit doux (Anjou, Mayenne), pissenlit rond, pot au beurre, poumpoun d’or (Hérault)

Rai à la figue (Suisse romande), renoncule ficaire, rondotte (Doubs, Vosges)

Sklérik (Bretagne)

Tite éclaire (Pas-de-Calais)

Vilettes eud’bure (Cambrésis) [4]–[9].

 

En anglais : fig buttercup, figwort, lesser celandine, pilewort ; en allemand : Scharbockskraut ; en italien : favagelio [4], [10]–[12].

 

 

 

Etymologie

 

Ficaire vient du latin « ficus » : figue, qui est peut-être une allusion à la forme des tubercules mais aussi certainement lié à l’emploi de la plante contre les fics, ancien nom de certaines formes de tumeurs [4].  

 

 

 

Comestibilité

 

La ficaire, souvent considérée comme toxique, contient une petite quantité de protoanémonine qui est une substance irritante de la peau et des muqueuses. Cette substance est plus concentrée dans les feuilles et les fleurs que dans les tubercules [13]. La protoanémonine est détruite à la dessiccation [14]. Aucune toxicité n’est connue quand la plante est sèche. Cette substance n’apparaît pas lorsque les plantes poussent à l’obscurité [4], [15].

 

Il est rapporté que trois génisses seraient mortes d’un excès de consommation de ficaire [8]. Ce cas est très douteux et laisse plutôt à penser que l’intoxication vient de la renoncule scélérate, Ranunculus sceleratus.

 

Quand on les mange crues, les feuilles sont à cueillir si possible avant la floraison car il y aurait augmentation de la teneur en protoanémonine après la floraison [10].

 

Les feuilles peuvent être mangées crues ou cuites. Crues, on les mange en petite quantité car elles sont un peu âcres ; elles perdent cette âcreté à la cuisson [4], [10]. Les tubercules peuvent aussi être consommés cuits. Les boutons floraux peuvent être mangés comme les feuilles [10].

 

 

 

Confusions probables

 

Caltha palustris-Populage des marais ; Glechoma hederacea-Lierre terrestre ; Phyteuma spicatum-Raiponce en épi ; Viola odorata-Violette odorante ; et quelques autres violettes.

 

 

 

Propriétés médicinales

 

Moyen-Âge : antiscorbutique, antiscrofuleuse, fébrifuge, contre les hémorroïdes [4].

 

XVIIème et XVIIIème siècles : contre les hémorroïdes en faisant macérer la plante entière dans de la bière en prise interne ainsi qu’en application locale ; on consomme les fleurs mélangées à un jaune d’œuf pour les mêmes effets [4] ; les racines de ficaire pouvaient aussi être portées sur soi dans une poche contre les hémorroïdes [7].

 

XIXème siècle : contre les hémorroïdes en infusion et application locale [4].

 

XXème siècle : contre les hémorroïdes [16] ; dans les Cévennes en usage populaire, contre l’asthme et la fièvre [17] ; en Haute Provence, la racine fraîchement cueillie mise dans la poche faisait disparaître les cors aux pieds quand la racine avait séché [18] ; en Bourgogne, les hémorroïdes pouvaient être soulagés en prenant un bain de siège dans une source d’eau vive bordée par des ficaires et des pommades pouvaient être faites dans le même but [19].

 

XXIème siècle : Indiquée par voie locale dans les insuffisances veineuses et contre les hémorroïdes [13]. La racine de ficaire est considérée comme une plante médicinale et figure sur la liste A des plantes médicinales de la pharmacopée française [20]. Les racines de ficaire ne sont pas autorisées à la vente en dehors des pharmacies [21].

 

 

 

Apports nutritifs

 

Provitamine A : 1300 UI/100g ; vitamine C : 131 mg/100g [22].

 

 

 

Usages

 

La ficaire était déjà utilisée au mésolithique et jusqu’au début du néolithique [23], [24].

 

Autrefois en Scandinavie, les feuilles de ficaire étaient conservées, séchées et mangées cuites à la place du chou [10].

Les boutons floraux marinés peuvent remplacer les câpres [9], [10].

 

La ficaire a été utilisée par la théorie des signatures ; la forme des tubercules rappelant les hémorroïdes devaient soigner ceux-ci [18]. Cette théorie fut développée par Hippocrate pendant l’antiquité puis relancée par Paracelse au XVIème siècle.

 

Les noms communs liés au beurre montre l’usage de la plante avec du saindoux pour faire un substitut du beurre. Ceci « dans les régions où la tartine sans beurre est beaucoup plus triste qu’un jour sans pain » [5].

 

Le nom commun « petite éclaire » et ses dérivés font écho à la grande éclaire qui est la chélidoine, Chelidonium majus. Le lien entre les deux plantes tient plus à des propriétés communes (plus fortes et reconnues pour la grande éclaire) pour soigner les verrues qu’à leur ressemblance, mais le fait que les fleurs des deux plantes soient jaunes reste une aide mnémotechnique [5].

 

En juin, les bulbilles, de la taille de grains de blé, qui permettent à la ficaire (souvent stérile) de coloniser le territoire, restent au sol et forment ce que Dioscoride (médecin grec du Ier siècle) appelait le froment sauvage. Ces bulbilles étaient alors parfois consommées [5]. Cela a forgé une croyance populaire de la pluie de blé [9].

 

En Slovaquie, la ficaire a été consommé en infusion en tant que boisson [25].

 

La ficaire est l’une des nombreuses plantes sauvages que l’on peut retrouver dans les recettes traditionnelles italiennes de « pistic », « prebuggiun » et « minestrella » [26].

 

 

 

Description botanique

 

La ficaire a 3 sépales, 6 à 12 pétales jaune d’or luisant [27].

Les feuilles de la base, de 1 à 4 cm, ont un long pétiole, le limbe glabre et luisant, plus ou moins charnu, arrondi-obtus au sommet, en cœur à la base et légèrement sinué sur le bord. Les feuilles ont parfois une tâche noire sur le limbe [28], [29].

La ficaire fleurit de janvier à juin [29].

 

 

 

Synonymes scientifiques

 

Ranunculus ficaria L ; Ficaria ranunculoides Roth [27].

 

 

 

Phytosociologie

 

On trouve la ficaire dans 5 alliances phytosociologiques :

Aegopodion podagrariae ; Alnion incanae ; Fraxino excelsioris-Quercion roboris ; Petasition officinalis ; Populion albae [30].

 

 

 

 Bibliographie

[1]          J.-M. Tison et B. de Foucault, Flora gallica: flore de France. Biotope Mèze, 2014.

[2]          G. Ducerf, L’encyclopédie des plantes bio-indicatrices alimentaires et médicinales: guide de diagnostic des sols. Promonature, 2013.

[3]          K. Cipollini, K. Titus, et C. Wagner, « Allelopathic effects of invasive species (Alliaria petiolata, Lonicera maackii, Ranunculus ficaria) in the Midwestern United States », Allelopathy J, vol. 29, no 1, p. 6376, 2012.

[4]          P. Fournier et C. Boisvert, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France. Omnibus, 2010.

[5]          P. Lieutaghi, La plante compagne. Pratique et imaginaire de la flore sauvage en Europe occidentale, édition 1998. Arles: Actes Sud, 1999.

[6]          Rameau et al., Flore forestière française (guide écologique illustré) , tome 1: Plaines et collines. Paris: Institut pour le développement forestier, 2003.

[7]          P. (1742-1793) A. du texte Bulliard, Histoire des plantes vénéneuses et suspectes de la France. Paris: Barrois le jeune [etc.], 1784.

[8]          C. (1846-1897) A. du texte Cornevin, Des Plantes vénéneuses et des empoisonnements qu’elles déterminent. Paris: F. Didot, 1887.

[9]          E. Rolland, Flore populaire ou histoire naturelle des plantes dans leurs rapports avec la linguistique et le folklore, 6 vol. G. P. Maisonnneuve et Larose, 1967.

[10]        D. Henschel, Baies et plantes sauvages comestibles. Paris: Vigot, 2005.

[11]        T. K. Lim, Edible Medicinal and Non Medicinal Plants: Volume 9, Modified Stems, Roots, Bulbs. Springer Netherlands, 2015.

[12]        T. K. Lim, Edible Medicinal and Non Medicinal Plants: Volume 8, Flowers. Springer Netherlands, 2014.

[13]        J. Bruneton, Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales (5e éd.). Lavoisier, 2016.

[14]        European Food Safety Authority, « Compendium of botanicals reported to contain naturally occuring substances of possible concern for human health when used in food and food supplements », EFSA J., vol. 10, no 5, p. n/a-n/a, mai 2012.

[15]        F. Couplan, Le régal végétal: plantes sauvages comestibles. Editions Ellebore, 2009.

[16]        L. Bézanger-Beauquesne, Plantes médicinales des régions tempérées. Maloine, 1980.

[17]        A. Renaux, Le savoir en herbe. Sète (Hérault): Nouvelles Presses du Languedoc, 2011.

[18]        P. Lieutaghi, Badasson & Cie : Tradition médicinale et autres usages des plantes en haute Provence. Arles: Actes Sud, 2009.

[19]        C. Crosnier, La cueillette des savoirs. Saint-Brisson: Parc naturel régional du Morvan, 1998.

[20]        « Pharmacopée française - Substances d’origine végétale - ANSM : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé ». [En ligne]. Disponible sur: http://ansm.sante.fr/Mediatheque/Publications/Pharmacopee-francaise-Substances-d-origine-vegetale. [Consulté le: 01-mars-2018].

[21]        Code de la santé publique - Article D4211-11, vol. D4211-11. .

[22]        F. Couplan, Guide nutritionnel des plantes sauvages et cultivées. Paris: Delachaux, 2011.

[23]        M. Divišová et P. Šída, « Plant use in the Mesolithic period. Archaeobotanical data from the Czech Republic in a European context–a review », Interdiscip. Archaeol. Nat. Sci. Archaeol., p. 95–106, 2015.

[24]        S. Klooss, E. Fischer, W. Out, et W. Kirleis, « Charred root tubers of lesser celandine (Ficaria verna HUDS.) in plant macro remain assemblages from Northern, Central and Western Europe », Quat. Int., vol. 404, p. 2542, juin 2016.

[25]        Ł. Łuczaj, « Ethnobotanical review of wild edible plants of Slovakia », Acta Soc. Bot. Pol., vol. 81, no 4, 2012.

[26]        N. J. Turner et al., « Edible and Tended Wild Plants, Traditional Ecological Knowledge and Agroecology », Crit. Rev. Plant Sci., vol. 30, no 12, p. 198225, janv. 2011.

[27]        J. Lambinon et F. Verloove, Nouvelle flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des régions voisines, 01 éd. Meise: Agentschap Plantentuin Meise, 2012.

[28]        G. Ducerf et Moutsie, Récolter les jeunes pousses des plantes sauvages comestibles. Aspet: Terran Editions, 2013.

[29]        J. Poland et al., The Vegetative Key to the British Flora. UK: Botanical Society of the British Isles, 2009.

[30]        « Préservons la Nature ». [En ligne]. Disponible sur: https://www.preservons-la-nature.fr/. [Consulté le: 28-févr-2018].

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