La viorne obier


La viorne obier - Viburnum opulus

 

Famille des Adoxacées

 

Noms communs

En français : aoubèk, aubier, aubour, bimborouno, birnur, blanche putain, bô d’cò, bois à fumier, bois à quenouille, bois cornu, bô fumâ, boule de neige (pour la variété ornementale roseum), boule de neige sauvage, caillebot, charcoulier, cokêne, coudre-mancine, coulmon, érbè, fausse boule de neige, frézion, grày'cho molo, mancienne bâtarde, mancièn’ blanche, marsault aquatique, mousclamo, obier, pèn’mann, rose de Gueldre, savougnó, sureau d’eau, toumo, vidartt, viorme, viorne obier, vordre, vôzèl [1], [2].

 

En anglais : crampbark, european cranberrybush, Guelder rose, high-bush cranberry, red elder, water-elder [1], [3].

 

Etymologie

Viorne vient du latin viburnum (le nom de la viorne lantane chez les grecs antiques) qui vient lui-même du latin viere ou vieo qui signifie tresser, lier [1], [4]. Dans certaines régions françaises on appelle aussi viorne la clématite (Clematis vitalba) [4]. Opulus vient de la ressemblance des feuilles avec l’érable champêtre, autrefois appelé ainsi [1].

 

Ecologie

En phytosociologie la viorne obier définit la sous-alliance du Salici cinereae – Viburnenion opuli [5].

Les fleurs possèdent très peu de nectar mais fournissent du pollen aux abeilles [1].

La viorne obier pousse sur des sols qui sont humides au moins une période dans l’année [6]. Les graines sont dispersées principalement par les oiseaux : les grives, les merles, le rouge gorge, les fauvettes, le jaseur boréal et le renard ; à noter que les graines sont plus souvent régurgitées que déféquées [6], [7]. Les fruits sont cependant peu attractifs pour les oiseaux par rapport aux fruits d’autres arbustes [6].

Le bouvreuil pivoine mange aussi les fruits mais les détruits et donc ne les dispersent pas. Le chevreuil peut manger les jeunes pousses de la viorne obier [6].

L’espèce est présente en Europe depuis au moins 10 millions d’années [6].

 

Comestibilité

Les fruits sont comestibles cuits mais sont amers. Ils gagnent en sucres et perdent un peu leur amertume avec le temps, donc il est préférable de les cueilleurs en octobre, novembre, voire en décembre. Ils sont encore traditionnellement consommés en Turquie [9]. Selon certaines traces archéologiques, les fruits ont été probablement déjà consommés il y a 5500 ans [8].

 

Ci-dessous en photo, une confiture de viorne (un tiers) et mirabelle (deux tiers). La préparation en confiture et le mélange avec un autre fruit permet de dépasser l'amertume.

 


Propriétés médicinales

XXème siècle : Ecorce de la tige ou de la racine et fleurs : antispasmodiques, astringentes, diurétiques, toniques du système nerveux, sédatifs utérin, antidysménorrhéiques. Les feuilles et les baies crues sont purgatives et vomitives [1], [10]. Le fruit est antispasmodique, astringent et sédatif [10]. L’ensemble de la plante est cardiotonique [10].

XXIème siècle : l’écorce de tige est un antispasmodique, astringent, hémostatique, analgésique utérin, améliorant du tonus utérin, facilitant de l’accouchement [3], [11], [12]. L’activité analgésique est de même intensité que celle de l’aspirine [12]. Le fruit est un antioxydant, antimicrobien, anticancéreux et est recommandé contre certains calculs rénaux et pour la prévention de certains cancers [9], [13]–[17]. Les feuilles sont antimicrobiennes [18].

 

Aucune contre-indication n’est connue [3].

 

Consommés crus avant maturité et en faible quantité, les fruits ont causés des troubles digestifs ; en grande quantité ils ont causé des troubles neurologiques et cardiaques [19]. Chez la souris, la LD50 (dose létale pour 50% des individus) est de 5,4 g de feuilles sèches/kg [12].

 

La viorne obier contient 81% d’eau ; 2105 UI de provitamine A ; 1,64 g de vitamine C/kg de fruit frais ; 4,9 g de flavonoïdes/kg de fruit frais ; 10,8 g de potassium/kg de fruit séché ; 1,3 g de magnésium/kg de fruit séché ; 1,3 g de phosphore/kg de fruit séché ; 1,2 g de calcium/kg de fruit séché ; 17 mg de fer/kg de fruit séché [13], [20], [21]. Les fruits séchés contiennent 4% de lipides et 1% de protéines [6]. Les feuilles contiennent des saponines, des glycosides, des stéroïdes, des tanins, des quinones, des phénols, des alcaloïdes, des coumarines et des terpénoïdes [18].

 

[1]          P. Fournier et C. Boisvert, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France. Omnibus, 2010.

[2]          E. Rolland, Flore populaire ou histoire naturelle des plantes dans leurs rapports avec la linguistique et le folklore, 6 vol. G. P. Maisonnneuve et Larose, 1967.

[3]          S. E. Edwards, I. da C. Rocha, M. Heinrich, et E. M. Williamson, Phytopharmacy: An Evidence-Based Guide to Herbal Medicinal Products. John Wiley & Sons, 2015.

[4]          P. Lieutaghi, Le livre des arbres, arbustes & arbrisseaux. Actes Sud, 2004.

[5]          M. Botineau, Botanique systématique et appliquée des plantes à fleurs. Lavoisier, 2010.

[6]          J. Kollmann et P. J. Grubb, « Viburnum lantana L. and Viburnum opulus L. (V. lobatum Lam., Opulus vulgaris Borkh.) », J. Ecol., vol. 90, no 6, p. 10441070, déc. 2002.

[7]          Á. Hernández, « Birds and guelder rose Viburnum opulus: selective consumption and dispersal via regurgitation of small-sized fruits and seeds », Plant Ecol., vol. 203, no 1, p. 111122, juill. 2009.

[8]          L. Kubiak-Martens, « The plant food component of the diet at the late Mesolithic (Ertebolle) settlement at Tybrind Vig, Denmark », Veg. Hist. Archaeobotany, vol. 8, no 12, p. 117127, juin 1999.

[9]          O. Sagdic, A. Aksoy, et G. Ozkan, « Evaluation of the antibacterial and antioxidant potentials of cranberry (gilaburu, Viburnum opulus L.) fruit extract », Acta Aliment., vol. 35, no 4, p. 487492, 2006.

[10]        L. Bézanger-Beauquesne, Plantes médicinales des régions tempérées. Maloine, 1980.

[11]        J.-M. Morel, Traité pratique de phytothérapie, Grancher. 2008.

[12]        M. L. Altun, G. S. Çitoğlu, B. S. Yılmaz, et H. Özbek, « Antinociceptive and anti-inflammatory activities of Viburnum opulus », Pharm. Biol., vol. 47, no 7, p. 653658, juill. 2009.

[13]        O. Rop, V. Reznicek, M. Valsikova, T. Jurikova, J. Mlcek, et D. Kramarova, « Antioxidant Properties of European Cranberrybush Fruit (Viburnum opulus var. edule) », Molecules, vol. 15, no 6, p. 44674477, juin 2010.

[14]        L. Česonienė, R. Daubaras, V. Kraujalytė, P. R. Venskutonis, et A. Šarkinas, « Antimicrobial activity of Viburnum opulus fruit juices and extracts », J. Für Verbraucherschutz Leb., vol. 9, no 2, p. 129132, juin 2014.

[15]        D. Ceylan et al., « The effects of gilaburu (Viburnum opulus) juice on experimentally induced Ehrlich ascites tumor in mice », 2017.

[16]        D. Tuglu et al., « Viburnum opulus: Could it be a new alternative, such as lemon juice, to pharmacological therapy in hypocitraturic stone patients? », Arch. Ital. Urol. E Androl., vol. 86, no 4, p. 297299, déc. 2014.

[17]        H. Ulger et al., « Influence of gilaburu (Viburnum opulus) juice on 1,2-dimethylhydrazine (DMH)-induced colon cancer », Toxicol. Ind. Health, vol. 29, no 9, p. 824829, oct. 2013.

[18]        H. A. Adebayo, A. B. Alade, et O. F. Yakubu, « Gas Chromatography-Mass Spectrometry Analysis of Viburnum Opulus (L) Extract and its Toxicity Studies in Rats », Asian J. Pharm. Clin. Res., vol. 10, no 6, p. 383388, 2017.

[19]        M. Botineau, Guide des plantes à fruits charnus comestibles et toxiques. Lavoisier, 2015.

[20]        F. Couplan, Cuisine sauvage: accommoder mille plantes oubliées. Editions Sang de la terre, 2010.

[21]        I. H. Kalyoncu, N. Ersoy, et A. Y. Elidemir, « Some physico-chemical characteristics and mineral contents of gilaburu (Viburnum opulus L.) fruits in Turkey ».

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