La pâquerette

La pâquerette, Bellis perennis

 

 

La pâquerette Bellis perennis fait partie de la famille cosmopolite des astéracées qui compte environ 1600 genres et 23000 espèces. Le genre Bellis compte environ 12 espèces dont 4 en France métropolitaine. La pâquerette est une hémicryptophyte vivace à répartition native eurocaucasiennne et introduite en Amérique du Nord et du Sud et que l’on trouve jusqu’à 1600 m d’altitude.

 

 

Étymologie

 

Plusieurs théories se proposent d’expliquer l’origine du nom scientifique « bellis » provenant soit du latin « bellis » voulant dire « beau/belle » faisant  référence au fait qu’elle fleurit toute l’année ou à sa capacité à traiter les ecchymoses et les gerçures des seins, soit du latin « bello » voulant dire « guerre » faisant référence au fait qu’elle pousse fréquemment sur les champs de batailles ou à sa capacité à traiter les ecchymoses et les blessures profondes, soit du celte « Belenos » dieu associé au soleil, soit du nom dérivée de la nymphe Belidis de la mythologie romaine qui, pour éviter les attentions amoureuses du dieu des jardins et vergers Vertumne, se transforma en pâquerette.

 

En français « pâquerette » vient soit de « Pâques » car c’est aux environs de cette fête religieuse que la floraison de la pâquerette est la plus abondante, la coutume était de faire une omelette à Pâques avec les fleurs de la plante, soit de l’ancien français « pasquier » désignant les pâturages.

 

 

Description botanique

 

Les « fleurs » de pâquerette sont en fait des capitules composés de nombreuses fleurs. Ce que l’on appelle généralement les « pétales » de pâquerette sont des fleurs ou fleurons ligulés pour les blancs externes et fleurons tubulés pour les jaunes centraux. Les capitules s’ouvrent la journée et se referment la nuit ou en cas de pluie.

 

Les feuilles ont 4 à 7 dents par côté, mesurent entre 2 et 5 cm, sont spatulées, obtuses, en rosette basilaire et alternes avec des nervures assez peu visibles et légèrement translucides. Il n’y a pas de latex et les pétioles sont pleins. Les hampes florales mesurent généralement de 3 à 12 cm et ont une section ronde.

 

 

Caractères bio-indicateurs

 

La pâquerette indique, sur les sols où elle est présente en grande quantité, une décalcification du sol, une érosion, un lessivage et une lixiviation. Le coefficient de fixation du sol diminue et le complexe argilo-humique perd de sa cohésion en perdant les ions ferreux (Fe2+) et calcique (Ca2+).

 

 

 

Propriétés médicinales

 

Je différencie ici trois parties : les propriétés attestées par la science moderne, les propriétés d’usages modernes et les propriétés traditionnelles. Il faut garder à l’esprit que la science n’a pas toujours raison et que les propriétés d’usages ne sont pas toujours testées scientifiquement mais pour autant toutes ne sont pas fausses, les propriétés traditionnelles sont parfois le résultat de croyances superstitieuses.

 

On utilise la plante entière souvent en infusion ou en teinture mère pour ses propriétés médicinales : feuilles, fleurs et racines.  On bénéficie également des effets de la pâquerette par sa consommation crue ou cuite mais dans des proportions inconnues. De plus la cuisson de tout aliment à tendance à dégrader une partie des composants mais encore une fois dans des proportions souvent inconnues.

 

 

Propriétés médicinales attestées par la science moderne      

 

Des tests effectués sur des rats et des souris avec la pâquerette démontrent ses propriétés d’antioxydant, d’antidépresseur, d’antibactérien,  d’antifongique, d’anti-hyperlipidémie, de cicatrisant et d’améliorant des capacités d’apprentissage en agissant notamment par le système noradrénergique. Les propriétés antifongiques ont également été étudiées sur la graphiose de l’orme (champignon parasitant les ormes). On note aussi la propriété anti-tumorale de la pâquerette où 99% d’inhibition de tumeur ont été observés avec application d’une forte dose d’extrait de la plante. L’extrait de pâquerette améliore la viabilité de cellules neuronales ce qui pourrait amener à une utilisation contre les maladies de dégénérescences neuronales. La propriété anti-hyperlipidémique peut jouer un rôle important dans le traitement de l’obésité.

 

Outre les tests sur les rats et les souris on reconnaît à la pâquerette des propriétés d’astringent, d’anti-inflammatoire, d’hémolytique,  de fébrifuge et de régulateur du métabolisme du calcium (hypercalcémie ou hypocalcémie).

 

Il n’existe aucune contre-indication connue. La dose recommandée en tisane est de 1 cuillère à café par tasse, infusée 20 minutes, 2 à 4 fois par jour. La prise simultanée de la pâquerette avec de la warfarine (médicament anticoagulant) augmente les effets anticoagulants de cette dernière.

 

 

Propriétés médicinales d’usages modernes

 

En prise interne, la pâquerette est principalement utilisée comme diurétique, sudorifique et stimulant général mais aussi comme dépuratif sanguin, vulnéraire, laxatif, adoucissant, antitussif,  astringent, expectorant et fébrifuge. En usage externe elle résorbe les ecchymoses, est anti-inflammatoire et bactéricide. La pâquerette est indiquée en usage interne en cas de rhume, rhumatisme, goutte, pleurite, bronchite, asthme, laryngite, hydropisie, insuffisance hépatique et rénale, surmenage et insomnie ; en usage interne et externe en cas de traumatisme, hématome, mastite, tumeur du sein, dermatose, inflammation oculaire, furonculose et ulcération. J. Valnet préconise la pâquerette en usage interne sur des « enfants amaigris ou qui ne se développent pas ».

 

 

Propriétés médicinales traditionnelles

 

La pâquerette a été indiquée depuis très longtemps dans de nombreuses maladies : rhume, blessures profondes, maux d'estomac, maladies oculaires, eczéma, furoncles,  gastrite, entérite, diarrhée, saignements, rhumatisme, inflammations et  infections des voies respiratoires.

 

En homéopathie, la pâquerette à une action sur les fibres musculaires des vaisseaux sanguins et est bénéfique en cas de douleur musculaire, de boiterie et de congestion veineuse.

 

 

 

Apports nutritionnels

 

La pâquerette compte, pour 100g de matière fraîche : 88g d’eau (92g pour l’épinard ; 96g pour la laitue); 2,6g de protides (3g pour l’épinard ; 1,2g pour la laitue); 190mg de calcium (100mg pour l’épinard ; 32mg pour la laitue); 88mg de phosphore (49mg pour l’épinard ; 23mg pour la laitue); 2,7mg de fer (3mg pour l’épinard ; 0,3mg pour la laitue); 600mg de potassium (557mg pour l’épinard ; 255mg pour la laitue); 33mg de magnésium (78mg pour l’épinard ; 6mg pour la laitue); 550UI de provitamine A (8000UI pour l’épinard ; 720UI pour la laitue); 87mg de vitamine C (50mg pour l’épinard ; 8mg pour la laitue).

 

 

 

Quelques recettes

 

La pâquerette à un goût léger, de noisette, un peu poivrée. Elle est âcre dans le sud de la France.

 

On peut la manger crue en salade avec, par exemple, du pissenlit (Taraxacum sp.), du mouron des oiseaux (Stellaria media), du plantain (Plantago sp.), etc..

 

Les boutons floraux peuvent se conserver au vinaigre ou bien être revenus dans un peu d’huile et de vinaigre à la poêle.

 

La plante hachée finement à laquelle on rajoute de la crème fraîche forme une très bonne sauce qui accompagne bien le riz ou le poisson.            

 

Les feuilles peuvent se préparer lactofermentées comme le chou.

 

Avec la pâquerette on peut aromatiser un vin qui peut être utilisé pour ses propriétés médicinales: mettre 1 poignée de feuilles et fleurs fraîches à macérer dans 75cL de vin blanc pendant 1 journée puis filtrer.

 

 

Glossaire

 

Anti-hyperlipidémique : qui élimine les excès d’acides gras dans le sang

 

Antitussif : qui arrête la toux

 

Astringent : qui ressert les tissus

 

Coefficient de fixation : capacité de stockage du sol en éléments fertilisants et en eau

 

Dépuratif sanguin : qui purifie le sang

 

Diurétique : qui augmente la sécrétion d’urine

 

Expectorant : qui facilite les sécrétions par les voies respiratoires

 

Fébrifuge : qui diminue les effets des fièvres

 

Hémicryptophyte : plante dont les parties aériennes passent la mauvaise saison à ras du sol sous forme de bourgeons

 

Hémolytique : qui détruit les globules rouges

 

Hypercalcémie : excès de calcium dans l’organisme

 

Hypocalcémie : manque de calcium dans l’organisme

 

Lessivage : perte des argiles

 

Lixiviation : perte des ions

 

UI : unité internationale

 

Vulnéraire : qui nettoie les plaies

 

 

Bibliographie

 

Livres

 

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Couplan F. Guide nutritionnel des plantes sauvages et cultivées. Ed Delachaux et Niestlé. 2011

 

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Dubray M. Guide des contre-indications des principales plantes médicinales. Ed Lucien Souny. 2010

 

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Ducerf G. Guide ethnobotanique de phytothérapie. Ed Promonature. 2012

 

Henschel D. Baies et plantes sauvages comestibles. Ed Vigot. 2005

 

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Paume M-C. Sauvages et médicinales. Ed Edisud. 2007

 

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Thévenin T.  Les plantes sauvages, connaître, cueillir et utiliser. Ed Lucien Souny. 2008

 

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Valnet J. La phytothérapie, se soigner par les plantes. Ed Vigot. 2001

 

 

Articles

 

Al-Snafi AL. The pharmacological importance of Bellis perennis - A review. Inter  J of Phytotherapy. 2015

 

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Commentaires : 2
  • #1

    vianney (lundi, 31 octobre 2016 14:47)

    bravo
    c'est un article d'une grande richesse et de plus agréable à lire
    vivement la suite

  • #2

    Lanou (mercredi, 03 mai 2017 19:15)

    Je ne comprend pas se que veut dire matière fraîche !!!!